Howard Phillips LOVECRAFT


 

PREMIERS CONTES

 

 

Préface de Henry Deleth

 

 

Le mystère du cimetière

ou...

La revanche d'un mort

 (1898 ou 1899)



Traduction par Philippe Gindre.


UNE HISTOIRE POLICIÈRE

 

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Chapitre I
LE TOMBEAU DES BURNS



  Il était midi dans le petit village de Mainville, et un groupe de gens éplorés entourait le tombeau des Burns. Joseph Burns était mort. (En mourant, il avait donné les étranges consignes suivantes : « avant de mettre mon corps dans la tombe, laissez tomber cette boule sur le sol à un endroit marqué “A”. Il remit ensuite une petite boule en or au pasteur.) Les gens regrettaient beaucoup sa mort. Lorsque le service funèbre fut terminé, Mr. Dobson (le pasteur) dit, « Mes amis, je vais satisfaire maintenant les dernières volontés du défunt. Ce faisant il descendit dans le tombeau (afin de mettre la boule à l’endroit marqué « A »).

Bientôt la foule qui assistait aux funérailles commença à s’impatienter, et après un moment Mr. Charles Greene (le Juge) descendit pour le chercher. Il ressortit peu après le visage épouvanté, et dit, « Mr. Dobson n’est plus là » !

 


Chapitre II
MYSTÉRIEUX Mr. BELL



Il était 3 heures 10 de la vesprée lorsque la cloche de la porte du manoir Dobson sonna bruyamment, et le serviteur, en allant vers la porte trouva un homme d’un certain âge, à la chevelure noire et qui portait des favoris. Il demanda à voir Miss Dobson. Lorsqu’il fut mis en sa présence, il dit : « Miss Dobson, je sais où se trouve votre père, et contre 10.000 Livres je vous le rendrai. Mon nom est Mr. Bell. » « Mr. Bell, » dit Miss Dobson, « voulez-vous m’excuser un instant ? » « Certainement. » répondit Mr. Bell. Peu de temps après, elle revint et dit : « Mr. Bell, si je vous comprends bien, vous avez enlevé mon père, et le détenez en vue d’une rançon. »

 


Chapitre III
AU POSTE DE POLICE



Il était 3 heures vingt de l’après-midi quand le téléphone sonna furieusement au poste de police de North End, et Gibson, (le téléphoniste) se demanda ce que cela pouvait être.
« J’ai découvert la vérité sur la disparition de mon père » ! dit une voix de femme. « Je suis miss Dobson, et mon père a été enlevé, envoyez King John » ! King John était un fameux détective de l’ouest.
Juste à ce moment-là un homme se précipita en criant « Oh ! Horreur ! Venez au cimetière ! »

 


Chapitre IV
LA FENÊTRE DONNANT À L’OUEST



Maintenant retournons au Manoir Dobson. Mr. Bell était plutôt surpris par la franchise de miss Dobson, mais lorsqu’il reprit la parole il dit, « Ne vous exprimez pas si franchement, Miss Dobson, car je… » Il fut interrompu par l’irruption de King John qui, un revolver dans chaque main, barra toutes les issues de l’entrée. Mais en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire Bell s’élança vers une fenêtre donnant à l’ouest et sauta.

 


Chapitre V
LE SECRET DE LA TOMBE



Maintenant retournons au poste. Après que le visiteur exité (sic, NdT.) se fut quelque peu calmé, il put raconter son histoire plus correctement. Il avait vu trois hommes dans le cimetière qui criaient « Bell ! Bell ! Où es-tu mon vieux ? » et qui se comportaient de façon fort louche. Puis il les avait suivis et ils pénétrèrent dans le tombeau des Burns ! Puis il les avait suivis à l’intérieur et ils touchèrent un ressort à un endroit marqué “A” puis ils disparurent ». « J’espérais que King John serait là » dit Gibson, « Comment vous appelez-vous ? » « John Spratt », répondit le visiteur.

 


Chapitre VI
À LA POURSUITE DE BELL



Maintenant retournons une nouvelle fois au Manoir Dobson : King John fut complètement surpris par la réaction soudaine de Bell, mais lorsqu’il revint de sa surprise sa première pensée fut de le poursuivre. Il partit donc à la recherche du ravisseur. Il suivit sa piste jusqu’à la gare du chemin de fer et découvrit à son grand effarement qu’il avait pris le train pour Kent, une grande ville vers le Sud, et entre laquelle et Mainville n’existait aucun télégraphe ou téléphone. Le train venait juste de partir.

 


Chapitre VII
LE COCHER NOIR



Le train de Kent partait à 10 h 35 et vers 10 h 36 un homme exité (sic) couvert de poussière et fatigué1 se précipita dans le bureau de location de fiacres et dit à un cocher noir qui se tenait près de la porte – « Si tu peux m’emmener à Kent en 15 minutes je te donne un dollar ». « Moi pas pouvoi’ y aller » dit le noir « moi pas avoi’ une pai’e de chevaux convenab’, et moi… » « Deux dollars » ! cria le voyageur, « T’ès bien » dit le cocher.

 


Chapitre VIII
LA SURPRISE DE BELL



Il était onze heures à Kent, tous les magasins étaient fermés sauf un, une crasseuse petite boutique dans le bas du quartier ouest. Elle se trouve entre le port de Kent et la ligne de chemin de fer Kent-Mainville. Dans la pièce du devant une personne pauvrement vêtue et d’un âge incertain s’entretenait avec une femme d’âge moyen qui avait des cheveux gris. « J’étais d’accord pour faire le travail, Lindy », dit-il, « Bell arrivera à 11 h 30 et la voiture est prête pour le descendre au quai, où un bateau pour l’Afrique part ce soir.
« Mais si King John venait à arriver ? » questionna « Lindy »
« Alors nous serions pincés et Bell serait pendu » répondit l’homme.
Juste à ce moment-là, on frappa à la porte. « Êtes-vous Bell » ? demanda Lindy. « Oui » fut-il répondu, « et j’ai pris le train de 10 h 35 et King John est resté, alors tout va bien ». À 11 h 30 la bande arrivait au quai d’embarquement et vit un bateau surgir dans l’obscurité. « The Kehdive of Africa » était peint sur la coque, et précisément lorsqu’ils s’apprêtaient à monter à son bord un homme s’avança dans les ténèbres et dit « John Bell, je vous arrête au nom de la Reine » !
C’était King John.

 


Chapitre IX
LE PROCÈS



Le jour du procès était arrivé et une foule de gens s’était rassemblée autour du Petit Bosquet, (qui servait de palais de justice en été) afin d’écouter le procès de John Bell accusé d’enlèvement. « Mr. Bell », dit le juge, « quel est le secret du tombeau des Burns ? »
« Je vais tout vous raconter » dit Bell, « Si vous entrez dans la tombe et touchez un certain endroit marqué “A” vous le découvrirez »
« À présent où se trouve Mr. Dobson ? » questionna le juge. « Ici ! » dit une voix derrière eux, et la silhouette de Mr. Dobson lui-même surgit à l’entrée.
« Comment êtes-vous arrivé ici ! » dirent-ils en cœur. « C’est une longue histoire », dit Dobson.

 


Chapitre X
L’HISTOIRE DE DOBSON



« Lorsque je suis descendu dans le tombeau dit Dobson, tout n’était que ténèbres, je n’y voyais rien, mais finalement, je distinguai la lettre “A” imprimée en blanc sur le sol en onyx, je laissai tomber la boule sur la lettre et immédiatement une trappe s’ouvrit et un homme se dressa. C’était cet homme, ici » (dit-il, montrant Bell qui se tenait en tremblant au banc des accusés) et il me fit tomber dans une pièce magnifique brillamment éclairée où j’ai vécu jusqu’à aujourd’hui. Un jour, un jeune homme s’y précipita et s’écria “Le secret est découvert” puis il s’en alla. Il ne me vit pas. Un jour Bell oublia sa clef, et j’en pris l’empreinte dans de la cire, et je passai le jour suivant à limer des clefs pour les adapter à la serrure. Le jour suivant ma clef fonctionnait et le jour suivant (qui est aujourd’hui) je m’échappai. »

 


Chapitre XI
LE MYSTÈRE DÉVOILÉ



« Pourquoi feu J. Burns vous a-t-il demandé de mettre la boule là » ? (sur « A » ?) demanda le Juge. « Pour me faire des ennuis » répondit Dobson « Lui et Francis Burns, (son frère) complotaient contre moi depuis des années, et je ne savais point de quelle façon ils me nuiraient. » « Saisissez-vous de Francis Burns ! » hurla le Juge.

 


Chapitre XII
CONCLUSION



Francis Burns et John Bell furent condamnés à la prison à vie. M. Dobson fut accueilli cordialement par sa fille qui, soit dit en passant était devenue Mrs. King John. « Lindy » et son complice furent envoyés à la prison de Newgate pour une durée de 30 jours pour aide et assistance à une évasion criminelle.




[1] King John.