Jacob et Wilhelm GRIMM


Le Renard et les Oies  


  Un jour qu'il rôdait selon sa coutume, maître renard arriva dans une prairie où une troupe de belles oies bien grasses se prélassaient au soleil. A cette vue, notre chercheur d'aventures s'écria :

- En vérité, je ne pouvais venir plus à propos ! vous voilà alignées d'une façon si commode, que je n'aurai guère besoin de me déranger pour vous croquer.

  À ces mots, les oies épouvantées poussèrent des cris lamentables et supplièrent le renard de vouloir bien se laisser toucher, et de ne point leur ôter la vie. Elles eurent beau dire et beau faire, maître renard resta inébranlable :

- Il n'y a pas de grâce possible, répondit-il, votre dernière heure a sonné.

  Alors, l'une des oies prit la parole au nom de la troupe :

- Puisqu'il nous faut, dit-elle, renoncer aux douces voluptés des prés et des eaux, soyez assez généreux pour nous accorder une dernière faveur : promettez de ne nous ôter la vie que lorsque nous aurons achevé notre prière.

- J'y consens, répondit le renard ; commencez donc votre prière ; j'attendrai qu'elle soit finie.

  Aussitôt, une des oies entonna une interminable prière, un peu monotone à la vérité, car elle ne cessait de dire : "caa-caa-caa". Et comme, dans son zèle, la pauvre bête ne s'interrompait jamais, la seconde oie entonna le même refrain, puis la troisième, puis la quatrième, puis enfin toute la troupe, de sorte qu'il n'y eut bientôt plus qu'un concert de caa-caa-caa ! Et maître renard, qui avait donné sa parole, dut attendre qu'elles eussent fini leur caquetage.

  Nous devons faire comme lui pour connaître la suite de ce conte.