Lovecraft - Premiers Contes

Préface


Traduit de l’américain par Philippe Gindre.


  Howard Phillips Lovecraft ressentit très tôt le besoin d’écrire, d’écrire aux gens quelque chose qui soit de lui. Parmi ses papiers se trouvent les maquettes manuscrites de quatre récits d’aventures imaginaires écrits très jeune, reproduits ici tels quels, fidèles retranscriptions des griffonnages du jeune Lovecraft. Le premier, La Petite Bouteille de verre, date de 1896, alors que Lovecraft n’était âgé que de six ans ; le second, La Caverne secrète ou les Aventures de John Lee, de 1898 ; le troisième, Le Mystère du cimetière ou la Revanche d’un mort, sous-titré « Une histoire de détective », de la même année ou peut-être de 1899 – au moment où il le data, Lovecraft lui-même n’était plus certain de l’année exacte ; et le quatrième, Le Vaisseau mystérieux, de 1902, alors que Lovecraft avait douze ans.
La créativité de Lovecraft n’évolue pas de façon frappante entre six et douze ans, et rien ne laisse présager de son épanouissement ultérieur en tant que maître du macabre, bien que d’un point de vue biographique cette période soit intéressante – le souci du mystère et de l’inconnu est là, et il paraît pratiquement sûr que certains, au moins, de ces contes de jeunesse furent produits à une époque où Lovecraft connaissait bien les dime novels de son temps, en particulier les aventures du vieux et du jeune King Brady, détectives, parues dans Secret Service et dont il parle dans ses lettres.
À l’âge de douze ans, cependant, Lovecraft pensait en termes d’édition, puisque sous le titre du Vaisseau mystérieux, il avait imprimé « Presses royales, 1902 ». Et il est tout à fait évident que le développement initial de Lovecraft s’est caractérisé par une forte inclinaison pour le passé et par les prémisses de l’anglophile qu’il allait devenir. À ces quatre textes sauvegardés par la mère de Lovecraft, nous en joignons deux autres plus tardifs sauvegardés par Lovecraft lui-même : La Bête dans la caverne et L’Alchimiste, datant de 1905. La Bête dans la caverne marque un tournant entre les premiers textes et les contes écrits durant cette période de transition qui le mena de ses années d’enfance au début de sa maturité en tant qu’écrivain.
Durant cette période, Lovecraft rejoignit les rangs d’associations d’éditeurs amateurs et commença à se voir publié dans les magazines amateurs de l’époque : L’Alchimiste parut dans The United Amateur de novembre 1916.
Ces deux derniers textes sont, parmi ceux écrits pendant son adolescence, les seuls qui aient paru à Lovecraft dignes de lui survivre [1].

AUGUST DELETH

 

 

 




[1]     L’absence partielle de ponctuation, les majuscules inopinées et les fautes d’orthographe des textes de jeunesse sont le fait de Lovecraft. Le respect de ces détails dans la traduction a été rendu possible grâce au travail de S.T. Joshi,    spécialiste américain de Lovecraft, qui a entrepris depuis le début des années 80 de publier dans le cadre de la maison d’édition, Necronomicon Press, les textes inédits de l’auteur qui sont encore conservés à la John Hay Library de la Brown University de Providence. Ainsi, La Petite Bouteille de verre, Le Mystère du cimetière, La Caverne secrète et Le Vaisseau mystérieux reproduisent-ils les caractéristiques des manuscrits originaux, y compris certaines indications comme le prix ou l’année « d’édition ». En effet, Le Vaisseau mystérieux avait par exemple été tapé à la machine à écrire et relié par le jeune Lovecraft alors âgé de douze ans. Ces quatre textes ont paru aux Etats-Unis dans le recueil H.P. Lovecraft : Juvenilia 1895-1905, Necronomicon Press, 1984. (NdT.)